20 000 lieues sous la mer à la Comédie Française

Avant de partir sur les planches de la Comédie Française, nous allons faire un bon dans le temps pour assister à la rencontre de la science et de la littérature. Partons découvrir le travail de Jules Vernes avant de saluer le travail de Christian Hecq et Valérie Lesort.

La Révolution Française ouvre une nouvelle ère pour le statut des sciences dans la société. L’idée d’une éducation scientifique prend forme sur Paris avec des noms tels que le mathématicien Gaspard Monge, l’astronome Pierre-Simon Laplace ou le botaniste Bernardin de St Pierre.

En 1798, des musées s’ouvrent avec des objets sauvés de saccage de la Révolution comme le musée national des techniques, futur musée des Arts et Métiers. Le soir des cours y sont dispensés afin que les ouvriers puissent y assister. Puis c’est au tour des anciens élèves de l’école Polytechnique qui se structurent en association afin de mettre en place des cours mais autour des sciences uniquement. On y retrouve le physicien Louis Arago, le mathématicien Joseph Bertrand ou le philosophe Auguste Comte.

Depuis l’ouverture de l’Académie des sciences à la presse dès 1835, un débat fait son apparition entre les journalistes scientifiques, appelés publicistes et les savants.

En parallèle, le secteur de l’édition est en développement. La Presse est le premier quotidien à petit prix, inventé par Emile de Girardin en 1836. Samuel-Henry Berthoud, fils d’un typographe y tient des chroniques scientifiques de 1836 à 1848. Il y traite des évènements techniques et scientifiques comme l’inauguration d’une gare ou la naissance de la photographie. Puis d’autres magazines, Le Moniteur, La République Française ou Le Figaro, vont publier à leur tour des feuilletons scientifiques. Le succès étant au rendez-vous. Des revues spécialisées voient le jour qui ont des durées de vie plus ou moins longues. Le terme de vulgarisation apparaît en 1852 et légitime ces démarches de communication auprès du grand public.

L’ancien polytechnicien, Louis Hachette, à la suite de sa visite à l’Exposition Universelle à Londres en 1851, découvre dans les gares anglaises des romans vendus à petits prix.

A son retour en France, il va fonder la Bibliothèque de Chemins de Fer qui va rencontrer très vite son public. La première collection, en 1864, la Bibliothèque des Merveilles est à vocation documentaire, principalement scientifique.

 

 

 

 

 

 

 

Sur 125 titres, 85 concerne la vulgarisation scientifique. Maintenant, c’est au tour de la littérature scientifique de montrer le bout de son nez.

Honoré de Balzac va rencontrer le naturaliste Georges Cuvier pour l’écriture de « La Peau de chagrin ».

En 1851, le jeune Jules Vernes commence à écrire des nouvelles. Le changement de format vient en 1863, où il publie son premier roman « Cinq semaines en ballon » qui est une réussite.

Pierre-Jules Hetzel l’invite dans son magazine Magasin d’éducation et de récréation. Les autres romans seront publiés sous forme de feuilletons avant la vente en volumes illustrés. L’auteur propose des voyages exploratoires, prétexte à l’investigation scientifique. Il s’appuie toujours sur des données concrètes. Après un séjour dans les airs, puis au cœur de la terre, il va emmener son lecteur sonder les tréfonds de l’océan.

20 000 lieues sous les mers est déjà paru sous forme de feuilleton en 1869 et 1870.

Jules Vernes aidé d’Adolphe d’Ennery vont s’en inspirer pour monter un spectacle en 1882 sous le nom de Voyage à travers l’impossible au théâtre de la Porte-Saint-Martin. On y rencontre le capitaine Nemo. Le roman n’est pas prévu pour être adapté au théâtre.

Pourtant, en 2015, la Comédie Française décide de relever ce défi. Valérie Lesort et Christian Hecq avaient envie de faire rentrer la marionnette au français.

Le livre « 20 000 lieues sous les mers » se prête à merveille afin de présenter un monde sous-marin riche d’animaux. Valérie Lesort a dit lors d’une interview : « La difficulté a été de trouver la façon de rapporter les rares propos scientifiques de Jules Verne qui peuvent parfois être considérés aujourd’hui comme des écrans. Et les modifier aurait faussé son esprit visionnaire, qui fait la poésie de l’œuvre. Nous avons privilégié le point de vue visuel sur le discours, la magie des machines prend le dessus. »

L’histoire se raconte dans un théâtre noir. Ainsi il faut que les manipulateurs, ici les comédiens de la Comédie Française, s’habillent tout en noir.

On doit les voir le moins possible pour que l’illusion puisse prendre vie.

Les poissons s’animent dans un espace de lumière.

De nos jours, il est estimé à un million le nombre d’espèces sous-marines, dont ¾ restent inconnus. Dans le spectacle, on voit des animaux marins assez étonnants. Les plasticiennes se sont inspirées de poissons repérés à l’aquarium de Paris.

On y voit une araignée géante, des méduses, un baudroie abyssale dite Poisson-Lanterne, des Zanclus cornutus dit Le Petit-Nerveux, des Plecos dit Suce-Vitre, des calamars, des Rouget dit Poisson-Pilote et surtout un poulpe géant dit aussi kraken.

Pendant presque 2h00, le spectateur pénètre dans un sous-marin dirigé par le capitaine Némo magnifiquement interprété par Christian Hecq. Il va être à la fois un horrible dictateur et un représentant de la protection de la nature.

L’équipe se complète de Christian Gonon, Elliot Jenicot, Jémérie Lopez, Nicolas Lormeau et Louis Arene. Nous allons découvrir les mondes marins. On va naviguer aussi bien sur l’océan Pacifique, Atlantique, Indien, Antarctique et Arctique qui occupe 71% du globe. L’homme va faire face à sa culture et son savoir faire. Le voyage fonctionne et l’émerveillement est immédiat quelque soit son âge. D’ailleurs, le spectacle s’est joué à guichet fermé pendant presque deux ans. Ce n’est pas pour rien que le spectacle a reçu le Molière 2016 de la Création Visuelle. Il est de nouveau à l’affiche cette année et il reste peu de places. Je vous conseille fortement d’aller le voir à la salle du Vieux Colombier.

Même si les metteurs se sont librement inspirés du roman, ils ont respecté l’esprit et l’évocation scientifique faîtes par Jules Vernes. Le phénomène de « 20 000 lieues sous les mers » vit encore au 21ème siècle.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s